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ALPES - GR5 - JOUR 27
27e jour – 13 juillet 2005
 
Le programme du téléachat accompagne le réveil.
C’est toujours un plaisir renouvelé de regarder au second degré Laurent Cabrol s’évertuer avec maintes difficultés à nous faire croire que l’on a obstinément besoin des gadgets et autres babioles futiles qu’il présente toujours comme indispensables à la vie quotidienne. Avec ses airs de pauvre Droopy malheureux, il me tire toujours quelques sourires. Et du sourire il en faut au moment de régler avec un peu d’amertume les cinquante-six euros de la chambre somme toute bien banale. En y repensant, l’hôtel Panoramic de Bagnères de Luchon l’année dernière était un vrai petit bijou pour seulement trente-six euros. Nuit d’orages terribles ce jour-là.
La nationale 5 à fort trafic automobile conduit sans ambages au village frontalier de La Cure, où pour la première fois il est enfin donné d’atteindre un poste de douanes occupé par de véritables douaniers en chair et en os. Un coup de tampon rectangulaire que l’on appose gentiment sur mon carnet de voyage officialise finalement l’entrée en Suisse et le franchissement de la frontière longée depuis tant de jours.
 

 
Bienvenue en Suisse où les paysages, le sentier et même les vaches ne sont guères si différentes de ce côté ci de la frontière. Seul le balisage a changé. Plus de « GR » mais des panonceaux jaunes à l’intitulé « tourisme pédestre ». Au balisage bicolore on a substitué un losange jaune canari. Sitôt la frontière passée, j’avais naïvement imaginé que le lac Léman s’offrirait bientôt à la vue, récompense symbolique de 27 jours de longue randonnée en solitaire. Cruelle déception car au-delà de La Cure, un long plateau herbeux nous accueille, filant entre les méandres de quelques collines boisées qu’on pourrait croire spécialement posées là pour boucher la vue et spolier le randonneur d’un juste plaisir. Pour jouir à son aise du spectacle du lac, sans doute faut-il grimper hors GR en direction de la Dôle (1677 m), colline qu’il n’est permis de louper, tant les installations radars de l’aéroport de Genève-Cointrin rappellent la balle de golf sise au sommet du Grand Ballon d’Alsace. 
Le parcours n’en est pas pour autant désagréable, au milieu des alpages gras et fleuris, dans une quiétude bénéfique. De loin en loin des chalets plus ou moins traditionnels flanqués d’un mat où flotte mollement une bannière frappée de la croix blanche rappelle l’appartenance à la confédération helvétique. De nombreux troupeaux de vaches dodelinent de la tête et scandent des airs plus ou moins mélodieux grâce aux lourdes clarines qui sertissent les encolures massives. Peu de randonneurs, de rares promeneurs. 
A l’arrivée sur la petite ville de Saint-Cergue, un panonceau mentionne que l’on marche ici bas dans les pas de Jean-Jacques Rousseau. L’illustre écrivain venu passer quelques jours ou semaines dans le bourg, arpenta ce sentier bordé de platanes séculaires. Sans doute s’est-il adossé à l’un d’eux pour y puiser l’inspiration ?   
Plus prosaïquement et de façon bien moins romantique je vais me reposer devant le bureau de poste. Ici l’on inscrit en toute lisibilité le code postal sur la façade du bâtiment joliment fleuri : 1264. Pour m’aider à passer le temps, la femme de ménage du bureau de poste vient discuter une bonne demi heure avec moi. C’est une petite femme brune, d’origine espagnole comme son fort mais charmant accent le dévoile immédiatement. Nous parlons de rando, des Alpes et de Saint Jacques de Compostelle car elle y puise ses origines. Lorsque elle revient chez elle en avion, pour les vacances ou le week-end, c’est toujours plein de pèlerins chargés, fatigués et puants dit-elle avec sourire et compassion.
-          On n’a la place de rien mettre dans les soutes car ils ont des sacs et des bâtons et je ne sais quoi encore. L’avion est bourré à craquer à chaque fois, alors j’évite de le prendre pour Santiago. Je descends à la Corogne.
Assise à côté de moi sur le petit banc, elle essuie une goutte perlant sur son front et poursuit :
-          Mais j’admire beaucoup ces gens là qui marchent comme vous. Mais pourquoi ils marchent ? Dans quel but ? Vous par exemple, pourquoi faites-vous tout ça, pourquoi venez-vous d’aussi loin ? Et tout seul en plus, vous êtes courageux, moi je ne pourrai pas.
-          C’est une question de caractère, d’envie, de passion vous savez. Réaliser des choses par ses propres moyens, des choses que l’on fait qu’une fois dans sa vie.
-          Oh ça oui je comprends. J’aime bien aussi la montagne, mais pas aussi longtemps. La dernière fois, j’ai marché une demi journée avec mes enfants et je suis rentrée avec des ampoules plein les pieds. Une autre fois, avec des chaussures neuves, j’ai perdu un ongle. Ca a mis plusieurs mois à tomber.
 

 
Je compatis et me remémore l’ongle du gros orteil droit que j’ai aidé à tomber un soir à Villers-le-Lac. Il baillait tellement que cela en devenait incommode et souvent douloureux. Un peu comme une dent qui bouge, il faut parfois savoir faire preuve de fermeté pour enrailler l’irréparable…   
A la sortie de Saint-Cergue, la dernière maison est un restaurant. Depuis le parking servant de terrasse on voit un peu de lac à l’horizon. Encourageant. Jusqu’au prochain village cependant, le sentier de « tourisme pédestre » est une ancienne route qui coupe en de larges et nombreux lacets la nouvelle. Tout se passe en sous-bois et interdit le panorama. Une trouée entre les arbres permet néanmoins de l’apercevoir pleinement entre les fils électriques et les relais de télé.
L’eau de la fontaine de Trélex est comme partout ailleurs « non contrôlée » et pourtant fraîche à boire ! Je reconnais bien là la pudibonderie hygiénique des suisses. Le bureau de poste assez proche autorise un nouveau coup de tampon souvenir sur mon carnet de voyage. Ici les tampons sont métalliques évidemment, mais constitués d’un long manche et d’une poignée faisant irrésistiblement référence à de mini fers pour marquer le bétail. L’employé des postes est donc un « cow-boy à courrier » ! A la sortie du bureau de poste, une mamie qui m’avait entendu justifier ma demande de tampon et parler du GR5 m’interroge sur la signification de ce barbarisme évidemment peu usité de ce côté-ci de la frontière. 
-          Le GR5 est un peu votre sentier de « tourisme pédestre », mais à la française. Il en existe plusieurs en France et ici c’est le numéro 5 qui passe en pointillé à travers ce petit bout de Suisse.
-          Ah très bien ! Et où allez-vous dormir ce soir ?
-          Un peu avant Nyon, si ce n’est pas trop loin et si je peux planter la tente.
-          Nyon est à quatre ou cinq kilomètres. Vous voulez que je vous y emmène en voiture ? C’est volontiers.
-          Merci non, car je préfère tout faire à pied, du début à la fin.
Les derniers kilomètres pourtant parcourus à un train de sénateurs, l’autoroute franchit, voici les champs de vignes qui jouxtent les premières vraies concentrations de maisons. Il est plus que temps de stopper si je ne veux passer la nuit au centre-ville de Nyon ! Aux abords du quartier Chantemerle,
 
 
le dernier petit champ d’herbe rase avec ses vignes bien alignées, sert de tampon avec les immeubles situés à un jet de pierre. Ce bivouac peu discret, à côté de passants et habitants prenant le frais demeure néanmoins sans mauvaise surprise.
Un va-et-vient régulier d’avions de tourisme ou gros porteurs ponctue le crépuscule. Des détonations importantes éclatent loin dans le Sud. Les municipalités côtières françaises célébreraient elles ainsi le triomphe de mon arrivée au lac Léman après 730 kilomètres de solitaire randonnée ?
.
Il ne faut pas rêver petit, c’est le feu d’artifice du 14 juillet !!!
 

Date de création : 10/02/2008 @ 18:10
Dernière modification : 22/07/2008 @ 10:54
Catégorie : ALPES - GR5
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