Texte à méditer :  A quoi bon soulever des montagnes, quand il est si simple de passer par dessus ?   BORIS VIAN
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PYRENEES - GR10 - JOUR 41

Jour 41 – Samedi 21 août 2004

 
Réveil 6h30 – Lever 7h00 – Départ du col dels Cirères 8h05 – 12°C
Le soleil perce déjà à travers les arbres, bien sûr et une centaine de mètres après le col, avant d’attaquer la descente, j’aperçois la mer et les villes du littoral. Cette brève vision me remplit de joie, regonfle mon moral. Du col dels Cirères au hameau de la Selve, le sentier toujours en sous-bois est si bien balisé, avec des marques horizontales régulières et les carrefours ou intersections bien explicitées, qu’un enfant de cinq ans ne pourrait s’y perdre.
Jusqu’au petit hameau de Las Illas, le goudron descend en faux plat léger. Deux cyclistes me doublent et l’un deux dit : 
 -         Un kilomètres à pieds… et je réponds,
-          Ca se termine de toute façon, à Banyuls, je viens d’Hendaye, alors…
-          D’Hendaye… sur l’Atlantique ???
-          Oui, en 41 jours.
Ils n’en reviennent pas et me félicitent.
L’intérêt du hameau de Las Illas pour moi, est qu’il dispose d’une cabine téléphonique à pièces, située devant la microscopique mairie. Cabine à pièces bien utile, car je n’ai plus ni cartes de téléphone, ni crédit sur mon portable, ni de batterie pour le portable ! De Las Illas, le GR nous fait passer dans « Super Las Illas ». En préparant rapidement la traversée des Pyrénées, il y a plusieurs semaines de cela, j’avais parcouru grossièrement toutes les cartes et ce « Super Las Illas » m’avait intrigué.
Etait-ce une station de ski, si près de la mer ?!!! Il ne s’agit en fait que d’une colline percée d’une route qui serpente au milieu de maisons arborées, noyées dans le calme et discret chant des cigales. Au sommet de la route de Manrell, sur un replat herbeux, se trouve le col du Figuier et son fabuleux trésor : une petite fontaine en bordure de piste, presque à raz de terre, un tuyau d’où jaillit un filet d’eau fraîche. Il faut une bonne heure et demie pour rallier ensuite le col del Priorat, situé au milieu de nulle part. Pour y aller, on utilise plusieurs pistes taillées dans la végétation et utilisées pour les services incendies. Le parcours est vallonné, serpentant à souhait et faisant facilement perdre le sens de l’orientation. Paysage de pinède, sans vue ni panorama particulier. Passage au « Mas Nou » dont un panneau stipule qu’il s’agit d’un mas naturiste. Rien vu de particulier à part deux oies et une petite chèvre divaguant nonchalamment aux alentours, toutes nues, bien sûr ! Une descente s’amorce enfin, toujours des lacets en sous-bois. On marche sur une piste carrossable en terre et cailloux. Au détour du sentier, un panneau en français et espagnol, ainsi qu’une borne frontière. Nous y sommes enfin. 12h06. A l’heure de mon estomac, il est plus que temps de se remplir la panse : semoule sucrée froide et 1,5 tablette de chocolat, le reste de gruyère avec le reste de pain. Bien mangé, pour une fois à midi. Et il me faut manger, car il reste encore un peu de route et trop peu de forces !
La suite de l’itinéraire vers le Perthus est beaucoup plus intéressante et variée. D’abord le sentier passe entre des chênes lièges fraîchement déshabillés. Je ramasse un peu de cette écorce magique, car à Grenoble ça ne courre pas les rues. Première fois que je vois du chêne liège en fait ! On retrouve une piste qui nous mène devant le petit site archéologique de Panisson, avec ses ruines romaines, puis une jolie tour de gué près de laquelle poussent des mûres, un cimetière militaire et sur la colline, dominant la vallée, le fort de Bellegarde
Un randonneur lourdement chargé s’avance sur la route.
Il m’intéresse !
-          Vous faîtes le GR10 ?
-          Oui, un petit peu.
-          Vous êtes partis d’où ?
-          De Banyuls et j’aimerai aller à Arles sur Tech ou Amélie les Bains. Mais j’ai mal aux pieds déjà !...
Il est jeune et belge. Sa peau est très blanche et ne doit pas voir trop le soleil. Son sac est de couleur camouflage. Je lui dis que j’arrive d’Hendaye. Il est fasciné, pose son appareil photo numérique Kodak sur une pierre et nous prends tous les deux en photo. Je le prends aussi, souvenir, souvenir. Il aimerait bien avoir le temps et la capacité physique de faire la traversée aussi. Je lui parle de choses plus courtes dans les Alpes, comme le tour de l’Oisans.
L’arrivée au Perthus est un autre monde : de la populace grouillante, du bruit, des voitures en veux-tu en voilà… Me voilà slalomant entre les touristes rapportant des cartons de vin, de pastis ou de cigarettes, les grosses mamies et les familles en baguenaude. Je me réfugie dans un café, y reste près de deux heures, le temps de recharger un peu le téléphone ainsi qu’une batterie de l’appareil photo, car la mer est proche et je ne veux pas la manquer ! 2 Orangina : 4,60 euros, soit 2,30. Moins cher qu’aux Cortalets ! Le café, un peu vieillot, est tenu par deux jumelles sympathiques et serviables. La radio annonce une dix-septième médaille pour la France aux Jeux Olympiques d’Athènes. J’ignorai l’existence des seize premières, jusque là ! Comme d’hab., je dis venir d’Hendaye. Elles m’annoncent que l’autre jour, un jeune est passé en 35 jours. Je me renseigne sur la suite du GR : il y a de l’eau au col de l’Ouillat. Elles me disent également qu’il existe une course, sur le GR entre le Perthus et Banyuls. La dernière fois, c’est un colombien qui a gagné, il a mis deux ou trois heures en courant…
En quittant le café, il me reste 1,12 euros en poche !
Un slip pend sur le côté de mon sac à dos, afin qu’il sèche. Je passe ainsi à travers la foule. Cela fait belle lurette que j’ai mis mon amour propre dans ma poche et que le fait d’exhiber mes sous-vêtements ne me fait plus ni chaud ni froid ! Je n’en conçois plus aucune honte, gêne ou autre. Je fais juste de mon mieux pour avoir au matin des vêtements secs, exempts de transpiration ou d’humidité.
Heureusement que sur la fin, le GR quitte la route goudronnée car la montée sur Saint Martin de l’Albère serait bien monotone. Mais cela permet de gagner facilement du dénivelé dans les collines. Au sortir du Perthus, passage sous le pont autoroutier au trafic incessant. On s’éloigne vite heureusement et le bruit se dissipe.
Saint Martin de l’Albère n’est qu’un lieu dit, constitué de deux ou trois maisons et d’une chapelle. Un peu à l’image de Montalba d’Amélie, mais en mieux, en habité, en vivant. Des enfants de tous âges jouent, des chiens paressent sur le chemin et des vaches divaguent paisiblement. Propriété privée. Un homme, retraité, de bonne allure et visiblement cultivé et d’agréable compagnie m’aborde :
-          Vous venez d’où comme ça ?
-          Depuis ce matin ou depuis le début ?
-          Non, depuis le début, c’est ce qui nous intéresse ici, plus intéressant.
-          Hendaye.
Et comme si ce mot avait eu un pouvoir magique, l’homme se met à parler, plus aimable, curieux, se voulant « informatif ». Il me propose de voir un portail roman. Nous entrons dans la belle propriété privée et nous visitons la petite chapelle qu’il restaure peu à peu. Très joli chemin de croix fait par un sculpteur russe. Dehors, il me montre au loin le Canigou dans la brume, les Cortalets,… Il voit moins de randonneurs sur le GR10 cette année, de ceux qui le font en entier. Me dit qu’au col de l’Ouillat, il y a une fontaine avec une espèce de gravure en forme de « rose ». Que cela servait avant aux bergers pour savoir où était les douaniers. Une pierre ici ou deux là et le code permettait de les situer dans la montagne, de les éviter surtout !
Me demande si j’ai besoin de quelque chose, me propose du pain, du muscadet, etc.
Montée en une heure au col, à flanc de colline dans les fougères, puis horizontalement en sous-bois. Je plante ma tente sur l’aire de pique-nique, près des tables. Terrain plat, sol facile pour les sardines. Je demande de l’eau et des campeurs m’indiquent « la » fontaine des douaniers, à 200 mètres sur la route horizontale. Là un couple de cyclistes italiens, sans doute intrigués par mes chaussures de marche, tente de me poser des questions, mais je ne comprends rien !
-          In english, if you want ?
L’homme acquiesce :
-          Where do you...
-          Come from by walk ? Hendaye, on the Atlantic ocean.
-          And where are you going ?
-          Banyuls, just in two days.
L’homme comprend que je traverse les Pyrénées à pied. Son visage marque la surprise. Me demande,
comme tant d’autres, en combien de jours et si je suis seul.
-          Nobody want to come with me !
-          Difficult to have 45 days on holidays.
-          More difficult to have physical conditions !!!
Les gourdes se remplissent d’une eau fraîche et claire. Il me salut d’un « congratulations » qui me va droit au cœur.
Repas du soir :
-          1 soupe gratinée
-          1/2 sachet de purée avec ma boite de pâté, en alternance. Avec du pain ce serait mieux, plus digeste, mais y en a plus.
Me reste un peu sur l’estomac, ce pâté mangé à la petite cuillère et quasi nature !
-          1 gros fond de semoule presque pas sucrée.
Quel festin de roi, une fois de plus !
Couché à 23h15. 14°C sous la tente (936 m).
Demain si tout va bien, pour la dernière vraie étape de marche, il me plairait d’atteindre le col des Gascons (386 m),
situé à une heure à peine de Banyuls…
 
7h18 de marche effective
 
 
 

Date de création : 24/08/2008 @ 08:59
Dernière modification : 24/08/2008 @ 09:01
Catégorie : PYRENEES - GR10
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