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ALPES - GR5 - JOUR 01 à 03
Etonnamment et naïvement surtout, j’avais imaginé des journées entières à voir défiler des vignes survolées ça et là par des groupes de cigognes battant imperceptiblement des ailes dans un ciel azur. La classique et sage image d’Epinal préfabriquée durant la préparation de cet ambitieux périple.
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La première journée de même que la première semaine de marche ne sont à proprement parlé ni difficiles ni éreintantes. L’essentiel du parcours se développe en sous-bois ou prairies, à zigzaguer entre de hautes fougères arborescentes, ou à gravir de petites collines hérissées de cols culminant fièrement à trois ou quatre cents mètres. L’Alsace ne peut justement rivaliser avec les Alpes et c’est précisément pour cela que je suis venu effectuer les premières foulées ici. M’échauffer doucement dans ces vallons bon enfants plus propices à la promenade qu’à de la randonnée pure.
 
Les premiers jours sont d’ordinaire les plus durs et parfois les moins réjouissants. Période nécessaire de rodage où le corps, citadin et confortablement traité le reste de l’année se voit demander une masse d’efforts exponentielle et chaque parcelle de muscle sollicitée ardemment le jour durant n’a pour seul réconfort qu’un frêle matelas mousse bosselé où il faut puiser un maigre repos avant qu’une nouvelle journée d’endurance ne s’éveille. Et d’endurance il est bel et bien question car le corps entre en mouvement, entre en action. Tout le corps se meut. 
 
Le dos supporte la charge du sac, une vingtaine de kilos au départ, comprenant l’équipement indispensable de couchage (tente incluse), de change, réchaud et gaz, photos et vidéo ainsi qu’une autonomie alimentaire pour une semaine. Le dos porte, les bras poussent sur les bâtons, les yeux observent panneaux et balisages, les pieds avancent, ploient parfois. L’estomac sagement recroquevillé au chaud trouve souvent le temps long !
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Au-delà de la faim dont on arrive parfois à s’accommoder, la soif pernicieuse ne laisse aucun répit. En Alsace certes le vin ne coule pas à flots, mais l’eau se fait tout aussi rare. Peu ou pas de cours d’eau sur l’itinéraire du GR53 reliant Wissembourg à Nommay. Peu de ruisseaux, pas de rivières significatives. Quatre cent vingt kilomètres à tirer la langue de village en village qui n’ont que trop rarement une fontaine d’eau courante et potable. Je ne compte plus les fontaines dites décoratives où la mise en garde placardée sous le mince filet d’eau laisse pantois le randonneur au gosier desséché ou en cours de lyophilisation : « eau non potable, eau non contrôlée, eau non traitée, eau non suivie »… 
On est bien loin de mon Vercors natal où la place de chaque village ou minuscule hameau rassemble sa mairie, son église et une belle fontaine d’eau potable, gazouillante et fraîche.
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Randonneur futur, prévois gourde à ta mesure !!!
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Mais cette pénurie endémique d’eau permet aussi de rencontrer la population locale, sympathique et accueillante comme à la maison forestière du Litschhof. Grosse et belle maison de style vosgien comme il se doit, à l’écart du sentier dans une verdoyante clairière où pâturent chevaux et une poignée de moutons. Un potager, des arbres fruitiers. Le calme absolu en pleine forêt. En me proposant un café, la sympathique maîtresse de maison s’enquière de ma destination. A quelques heures à peine du départ il serait encore bien présomptueux de prononcer le mot magique de Méditerranée. J’avance seulement « Saverne » puis le lac Léman.
 
 
En effet, à aucun moment il ne faut pointer directement le but ultime. L’avoir à l’esprit mais y penser le moins possible. C’est si loin, si utopique, tant de choses peuvent se produire, la déception n’en serait que plus cruelle. Dès le départ, il a fallut cloisonner les objectifs, en fixer à quelques jours de distance, de manière à me voir avancer de manière signifiante, avec les œillères qu’impose une telle distance. D’abord arriver à Saverne, puis Ribeauvillé ensuite Thann et à force de petits sauts de puce au dessus des collines je finirai bien par apercevoir le lac Léman, pivot central de la traversée dans laquelle je me suis joyeusement engagé.
Alors seulement commenceront le vrai dénivelé et la montagne…
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les heures s’étirent rapidement entre les ruines des châteaux de Fleckenstein ou de Froensbourg qui autorise un panorama circulaire et bien dégagé sur la forêt vosgienne environnante et dense. Recroquevillé autour de son petit éperon rocheux de grès, il est l’une des nombreuses ruines féodales qui vont jalonner le sentier au fil des jours. Une pause casse-croûte face au roc taillé d’une ou deux salles m’offre un temps de conversation avec un petit groupe de promeneurs locaux. Infailliblement la discussion basée sur la randonnée me catapulte sur le GR20 en Corse. Tout le monde m’en parle de celui-là et pas forcément ceux qui l’ont plus pratiqué ! Les promeneurs ou randonneurs peu expérimentés n’ont d’yeux que pour la Corse et son GR, qu’ils élèvent bien trop vite au rang de mythe ou de graal inaccessible.
Le GR20, tout impressionnant qu’il puisse être ou paraître ne dure qu’une douzaine de jours. Cela n’est rien à côté de la traversée des Pyrénées aux paysages multiples, difficultés nombreuses et dénivelé gigantesque.
Le Tour de l’Oisans n’est pas non plus un gringalet avec ses quatorze mille mètres de dénivelés positifs. Un bon souvenir. Mais le GR20 de Corse est plus parlant pour le commun des promeneurs. Ainsi va la vie et je m’en vais avec en point de mire les ruines du Wasigenstein élevées comme une marque de défit au bord de l’abîme qui surplombe la vallée où se love le petit village d’Obersteinbach.
Dans ce village on aime les randonneurs ou pour le moins on pense à eux. Ainsi, au carrefour avec la route départementale, une âme charitable et altruiste a installé tout à côté de la fontaine un banc ombragé adossé à une maison.  La façade affiche une inscription contre laquelle on ne saurait guère montrer trop de résistance : « halte du randonneur ». Un banc, de l’eau, de l’ombre, le bonheur !
 
 
Bonheur doublé, conforté car l’inscription est aussi en français. Cela pourrait aller de soit et n’être que logique, mais depuis Wissembourg et jusqu’au-delà de Saverne, tout pourrait laisser à penser que l’on va bientôt arriver… en France, que la frontière n’est plus très loin, tant la population rencontrée parle avec un accent fortement germanisé. Quand ce n’est pas de l’alsacien, c’est du chinois ou du pareil au même ! Adaptation parfois difficile pour l’oreille d’un pauv’ quidam grenoblois quand vient l’instant des explications avec un vieil alsacien pur sucre sollicité pour me remettre sur le bon chemin. 
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Fort heureusement le balisage est aussi présent que partout ailleurs sur le territoire national, mais avec une très large liberté de transcription qui désoriente légitimement durant les premières heures. Ici le club vosgien, qui balise les sentiers renie catégoriquement les marques officielles ! Inexistant le rectangle blanc au dessus du rectangle rouge symbole immédiatement reconnaissable par tout bon randonneur. Sans doute est-ce une spécificité du particularisme local car ici, le GR53 n’est signalé exclusivement que par un petit rectangle rouge chétif entouré de blanc. Chez moi ce serait presque des marques de bûcherons ou d’exploitations forestières !
Adaptabilité.
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Au matin du troisième jour, l’eau n’est présente qu’en de rares et minuscules cuvettes creusées au fil des siècles par les éléments sur les rochers qui constellent la forêt domaniale de Niederbronn. Une montée à un col sans nom termine de me déshydrater tandis que la transpiration abondante témoigne d’une canicule qui ne dit encore son nom. Le chalet du club vosgien tapis dans le sous-bois parsemé de feuilles du Petit Wintersberg a le même pouvoir attractif qu’une oasis en plein désert. En ce dimanche matin, les hommes du club essentiellement retraités, mettent la dernière main à la préparation de la fête du club qui se terminera comme dans les histoires d’Astérix, par un bon repas. Les grillades se mettent en tenue pour sauter bientôt sur les feux, cubitainers et cannettes plongent au frais, attendant sagement le gros des troupes parti en promenade.
Avant même de remplir les trois litres de ma gourde souple, le responsable du lieu me montre poliment les résultats de la dernière analyse des eaux, comme un sommelier présenterait solennellement le contenu de sa somptueuse et gouleyante cave. Tampon officiel et liste longue comme le bras des différents substrats que je goutte sans plus de cérémonie, mais beaucoup de reconnaissance. Sortant sa carte au 1/25000e et chaussant ses lunettes écailles, le brave homme prend quelques instants pour suivre du doigt mon itinéraire à venir. Interrogeant ses acolytes en alsacien, il se doit rapidement de confesser sans ambages sa lacune mais me fait état d’une source à Niederbronn les Bains, prochaine ville d’importance.
La soif qui m’assaille (sans pour autant être nomade africain !) est la résultante d’un manque d’eau incontestable. Or, je souffre également à cause de l’eau, d’un trop plein fort ennuyeux. La vessie, que nenni ! Les ampoules sont la plaie du randonneur et sont une espèce de bizutage auquel nul ne peut échapper. Plus tôt survient cette véritable pandémie pédestre et plus tôt la voûte plantaire est raffermie, consolidée par une corne protectrice gage de longues heures de marches et de distance appréciable avalée. De temps à autres, je m’investis de pouvoir chirurgicaux imaginaires pour percer illico toute nouvelle venue, sans autre forme de procès. Mieux vaut petite douleur maintenant que grand mal longtemps !!!

 
 
 
Du Petit on grimpe au Grand Wintersberg qui, avec ses cinq cent quatre vingt un mètres pourrait se targuer d’être le point culminant de cette partie du massif des Vosges ! Une élégante et haute tour de brique de vingt cinq mètres en coiffe le sommet, comme si les hommes d’ici, en quête d’altitude voulaient s’approcher plus encore du ciel. Une petite heure suffit pour descendre et sortir de la forêt et là, juste à l’orée du bois, le décor change du tout au tout : bruit, voitures et agglomération.  
 
 
Mais la source celtique m’ouvre bien grands ses quatre colonnes comme autant de bras fervents. Un tout petit jet d’eau tente de se maintenir debout, vivant, au fond d’une vasque et d’un édifice voulant se donner des airs de temple romain consacré aux émules de la sobriété. La source aussi connue sous le nom de source Lichteneck est dit-on d’une pureté exceptionnelle et soigne les affections du rein et des voies urinaires. Je confirme à toutes fins utiles, qu’elle n’est par contre d’aucune utilité pour guérir les ampoules ! A peu de distance, la société d’exploitation de la source, comme un eldorado pour assoiffé.
Mieux vaut éviter d’aller se perdre en des détours inutiles dans Niederbronn les Bains. Aussi, une fois la route traversée, je me retrouve avec plaisir sous le couvert de la forêt omniprésente et protectrice des rayons ardents du soleil. L’ascension vers les ruines du château de Wasenbourg mérite bien de paraître au palmarès de certains petits cols des Alpes, tant l’angle de la piste forestière oblique vers les sommets. Le chemin se fait ensuite beaucoup plus régulier en de longs faux plats soutenus jusqu’au col d’Holdereck.
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Peu de promeneurs et de nombreuses pistes forestières ou sentiers secondaires accompagnés d’un balisage épisodique, distant ou malencontreux laissent planer un légitime et fréquent doute sur la bonne marche et direction. De fait, sur cette portion du GR comme sur d’autres à venir, le recours à la boussole et au bon sens compense agréablement un balisage timide et manifestement inadapté. Pensez que très régulièrement dans ces forêts tailladées de sentiers, vous arrivez à un carrefour offrant trois ou quatre itinéraires possibles, au calibre de sentier identique et d’orientation pas toujours très opposée. Pas de balisage évidemment, ou alors à plus de quatre cents mètres de la croisée des chemins, sur le sentier que vous supposiez être le moins douteux. Je rêve d’intersections balisées avec une extrême méticulosité, où le bon sentier dès les premiers mètres est tatoué deux ou trois fois du langage de la vérité et les mauvaises directions constamment barrées de la croix officielle. Au lieu de ce doux rêve soyeux au balisage étincelant, la réalité d’ici bas contraint immanquablement à mettre sac à terre et aller explorer minutieusement l’une et l’autre des voies possibles, en observant scrupuleusement chaque écorce ou pierre pour tenter tel le Petit Poucet, son chemin de retrouver. « Il était une fois, dans un pays très lointain, des forêts super bien balisées !… »
Marcher à longueur de journée implique de nécessaires pauses. La halte aux ruines infestées de ronces et broussailles du pan de mur se gratifiant du nom de château du Grand Arnsbourg s’impose puisque le thermomètre de poche affiche un petit 28°C à l’ombre et 45°C en plein soleil de seize heures. Moi qui pensait l’Alsace humide et fraîche, me voilà bien marron ! A perte de vue, des collines boisées et au pied, des champs cultivés, pâturages et hameaux.
 
 
 
Je dormirai une fois de plus en forêt, au sommet d’un mini plateau noyé sous les feuilles craquantes de quelques arbustes desséchés, entre les villages de Muhlthal (ou Untermuehlthal) et Lichtenberg. Le ciel perce difficilement la frondaison et octroie un regain d’isolement. Quel plaisir le soir venu, de planter la petite tente de soixante dix centimètres de haut et de m’y allonger de tout mon long, au terme d’une journée qui me voit fourbu mais heureux.
Heureux d’avoir marché si bien, si loin en des paysages changeants. Mon intérieur ne peut certes pas être qualifié de loft, car je dispose en tout et pour tout de 2,2 mètres carrés d’espace de vie, agrémenté d’une abside de 0,5 mètres carrés pour le matériel. Comme le dit si justement un proverbe chinois :
« ma maison est petite mais c’est ma maison ».
 
La légèreté et la modestie de mon habitat nomade offre le luxe incomparable de pouvoir bivouaquer où bon me semble, sans être tenu par des horaires ou des gîtes réservés, à atteindre absolument. Le sac à dos est un peu plus lourd, mais l’essentiel de l’indispensable s’y trouve pour une autonomie qui seule est garante de réussite.
 

Date de création : 24/11/2007 @ 12:07
Dernière modification : 22/07/2008 @ 10:56
Catégorie : ALPES - GR5
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Réaction n°1 

par marca le 02/08/2009 @ 08:15

Mais non David, les Alsaciens ne parlent pas le chinois. Quelle chance nous avons de vivre en France avec des paysages et des cultures aussi diversifiés et tu en es un témoin privilégié. Profitons de l'autre pour nous enrichir. David va voir sur wikipédia et consulte les langues régionales françaises. Tu vas être étonné de toute la "chinoiserie" qui règne en France. Quel bordel!!!

Bravo pour tes récits et tes belles randonnées que tu as faites. Ma mère a elle-même effectué 2200kms sur le chemin de Compostelle à 60ans. Tu nous donne à nous tous envie de marcher et c'est celà l'essentiel. J'ai eu moi même la chance de faire de la rando dans le Vercors (mon meilleur ami habitant Romans) et je peux te dire que tu vis dans une des plus belles régions de France. Le Vercors m'a subjugué, vraiment. Encore sauvage et tellement beau.

Merci pour toutes ces rêveries!


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