Texte à méditer :  Celui qui plante la vertu ne doit pas oublier de l’arroser souvent.    CONFUCIUS
Image au hasard
compostelle0554:
Randos

Fermer 0) Cartes

Fermer 1) Alimentation

Fermer 2) Matos

Fermer 3) Régles de sécurité

Fermer 4) Trucs en vrac

Fermer ALPES - GR5

Fermer CHARTREUSE - GR9

Fermer COMPOSTELLE - GR65

Fermer OISANS - GR54

Fermer PYRENEES - GR10

Fermer QUEBEC - Route Verte 2

Fermer QUEYRAS - GR58

Fermer VERCORS - GR91

Vous êtes d'ici aussi !
ALPES - GR5 - JOUR 13
13e jour – 29 juin 2005
 
Le vent glacial souffle dès cinq heures du matin pour annoncer la venue prochaine du jour. Humidité latente et vent persistant, quoi de mieux au petit-déjeuner ?! De larges pistes de ski de fond et de parcours raquettes sillonnent à travers bois jusqu’au col des Bagenelles et des raccourcis dans les près conduisent à surprendre un lièvre peu avant le village du Bonhomme. Guère trop d’activité dans ce village aux maisons tristes alignées en bon ordre de part et d’autre de la nationale. Par six cent quatre vingt dix mètres, nous atteignons ici l’altitude la moins élevée de la journée et des jours prochains. Reste donc plus qu’à donner un bon coup de palme pour remonter et émerger sur la rive de l’étang de Devin qui n’est qu’un vaste marigot asphyxié envahit d’herbes et de joncs, une grosse flaque ne donnant envie de rien et surtout pas de s’y tremper. Colin le devin qui au Moyen Age faisait prédications dans la région, avait-il deviné que le lieu à qui il doit son nom serait aujourd’hui si insignifiant d’intérêts ?
 

  
Une poignée d’ouvrages allemands de la Première Guerre mondiale abandonnés au long du sentier comme autant de postes avancés oubliés, préparent au décor militaire caché dans le bois. Le sol s’embellit d’un épais tapis de bruyère comme pour mieux étouffer les cris déchirants du passé. La Roche du Corbeau et la Tête des Faux qu’une dernière montée brutalement verticale donne à gravir à grand peine, sont émaillées de béton armé. De petits blockhaus, des murs de protection anguleux, une série de marches descendant vers une invisible galerie, des pieux métalliques, des herses et barbelés rouillés forment le labyrinthe au milieu duquel on se doit de frayer son chemin. Il est nécessaire de bien lever le pied, car nombreuses sont les pièces métalliques qui affleurent au raz du sol. Une sobre croix de métal est érigée dans ce chaos de pierre et d’horreur, en guise de repentance contrite et illusoire pour le lent et méthodique massacre de générations entières. Une série d’éboulis dans ce dédale de rochers fait redescendre dans la triste réalité de la forêt toute aussi oppressante. Sous le couvert silencieux des arbres où quelques oiseaux s’évertuent à lancer des gazouillis mélodieux, ils sont là. Tous alignés en bon ordre militaire, quatre cent huit soldats et officiers reposent dans le petit carré du Carrefour Duchesne. La mousse monte en vagues triomphales à l’assaut des tombes, quelques dates disparaissent sous la grisaille du temps. Peu dépassaient vingt cinq ans.  
 

 
Cette vision d’horreur dont les peuples sont encore inaptes à se défaire me glace d’effroi et ternit un peu cette journée d’un trouble certain.
Et pris par l’intensité de l’émotion, je ne me suis pas rendu compte que mes tee-shirt et bermuda sont détrempés au-delà du possible. Un instant je supposais que la gourde souple placée contre le dos fuyait tant les auréoles étaient démesurées et spongieuses. Vérification faite, ma sudation est bien en cause.
Le plat du jour au col du Calvaire est bien tentant avec son nougat glacé en dessert.
Pause réparatrice et préambule d’une marche aisée mais tout en longueur commençant par un passage en corniche offrant une vue dégagée sur le lac Blanc. Le GR conduit ensuite sur une ligne de crête servant autrefois de frontière et délimitant aujourd’hui les départements des Vosges et du Haut-Rhin. La pente s’atténue et l’on débouche sur un vaste plateau incliné, immense pâturage de quatre à cinq kilomètres de long où une fois de plus le regard peut s’ébahir dans le lointain. Ces prairies d’altitude portent ici le joli nom de « Gazon ». Gazon de Faing puis Gazon de Faîte. Les pieds sont eux aussi de la fête sur ce duvet de verdure moelleuse. A d’autres endroits il faut jouer des coudes pour ouvrir un passage entre des arbustes et plans de genets beaucoup trop étouffants. L’atmosphère de lande écossaise peut courue de touristes confère au lieu un agréable sentiment de plaine isolée, perdue aux tréfonds d’un monde perdu. Tout cela à une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau de Colmar, première ville du département !
Les nuages qui se regroupent en un orage menaçant n’autorisent hélas que très peu de place à la flânerie et aux diverses observations visuelles de ce point dominant. Malgré tout, par beau temps, le bivouac serait ici de qualité malgré le manque d’eau. Je marche sur ce sentier quasi rectiligne et s’étendant presque à perte de vue, en observant le défilé rapide des amas nuageux devant moi. En point de mire, des éclairs et le retentissement du colérique tonnerre.
 
 
Les dépressions semblent passer au dessus de moi et m’ignorer puisque les étincelles célestes illuminent sur la droite puis la gauche dans un ballet minuté respectant l’alternance.
Je marche ainsi une demi heure en direction des nuages les plus chargés d’animosité en maintenant mon petit cœur bien accroché ! Pas d’abri et bivouaquer sous l’orage fait remonter en moi une frousse terrible héritée de la traversée des Pyrénées.
Il faut trouver les ressources pour allonger le pas plus long encore et gagner plus rapidement le col de la Schlucht. Le dernier kilomètre est un peu douloureux et monotone, descendant en sous-bois au milieu des pierres et cailloux innombrables. Deux minis averses m’encouragent à ne pas planter la tente et à plutôt aller trouver refuge dans le hall abrité de la jolie chapelle du col. Une fontaine coule tout à côté, signifiant avec évidence que les pénuries sont désormais écartées.
 
 
Douze minutes seulement après mon installation dans le petit réduit, l’orage se déchaîne et libère en moi une grande sensation de joie, joie d’être au sec, joie d’être épargné cette fois-ci. Un jeune couple de randonneurs pousse la porte, trempés jusqu’aux os. Quand il y en a pour un ! La vie s’organise dans cet espace qui ne doit guère dépasser les sept mètres carrés. Il est vraiment très mignon ce petit couple qui, pour ne pas me gêner trop, se chuchote des banalités à peine audibles. Ils veulent aller sur Gérardmer en passant par le Hohneck.
Demain, si Dieu qui nous héberge ce soir en sa maison, le veut bien…
 
 
 

Date de création : 09/02/2008 @ 13:27
Dernière modification : 22/07/2008 @ 10:59
Catégorie : ALPES - GR5
Page lue 3039 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


react.gifRéactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !


Connexion...
  Membre: 0

Votre pseudo:

Mot de passe:

[ Mot de passe perdu ? ]


[ Devenir membre ]


  Membre en ligne: 0
  Anonymes en ligne: 4

Total visites Total visites: 333952  

Record connectés:
Record connectés:Cumulé: 168

Le 01/06/2012 @ 06:46


Webmaster - Infos
Vous êtes ici !
^ Haut ^