Texte à méditer :  Celui qui plante la vertu ne doit pas oublier de l’arroser souvent.    CONFUCIUS
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ALPES - GR5 - JOUR 32
32e jour – 22 juillet 2005 (+5 de Thonon)
 
-          Quelle chance vous avez de vouloir aller dormir au lac d’Anterne ce soir, je vous envie.
La maîtresse de maison me tend le pot de confiture au dessus de la table garnie du petit déjeuner convivial. Elle raconte la beauté des paysages, dit qu’elle se sent si bien là-haut, en reconnaissant volontiers que c’est un peu difficile d’y monter.
-          Mais pour vous qui venez d’aussi loin, ça paraîtra moins fatiguant bien sûr.
Demandant à remplir la gourde souple au moment du départ, Roger Curnier aux allures tranquilles et réfléchies suggère de prendre l’eau à la source plutôt qu’au robinet.
-          Ici dit-il nous sommes en tête de canalisation, près des citernes et l’eau est très fortement chlorée.
-          Pourtant plus qu’ailleurs elle devrait être naturelle et saine ?
-          Elle l’est, mais la municipalité oblige à chlorer, à cause des touristes qui veulent une eau impeccable…  
Il était à deux doigts de dire « les gens des villes ». En voilà une belle absurdité que de vouloir rendre artificiellement l’eau potable pour des petits touristes urbains qui ont trop peur pour leurs boyaux fragiles. En conséquence, l’eau du robinet semble puisée à même la piscine. C’est dégueulasse et infecte.
 
 
Le centre village de Samoëns se donne d’appréciables allures de Gstaad avec ses ruelles typiques réservées à l’usage exclusif des piétons ou calèches à touristes. Depuis la large fontaine de la place du Gros Tilleul, une partie des principaux édifices architecturaux d’importance du village sont accessibles. Juste là au coin, une plaque mentionne la maison natale de Marie-Louise Cognac-Jay, fondatrice à Paris de la Samaritaine. On trouve tout à Samoëns, épicerie, boulangerie, poste, etc. A quelques pas, le jardin alpin qu’elle créa présente plusieurs milliers de plantes issues des montagnes des cinq continents.   
A la sortie du village où assurément il fait bon vivre, le sentier emprunte un parcours de santé et file rectiligne jusqu’à converger avec le torrent du Giffre, sur lequel s’égosillent de bonheur des dizaines d’ados en rafting. Ils foncent à vive allure vers leur destin qui sans doute les attend au creux d’une vague rafraîchissante ! 
Le sentier et les berges rehaussées se confondent bientôt. On chemine en surplomb de l’eau sous une allée interminable de pins protecteurs odorants et bienfaisants. Cette portion de sentier quoique longue, ne l’est pas suffisamment car on apprécie ici le doux plaisir de la promenade rêveuse au fil de l’eau paisible propice à la réflexion, à la détente des sens, à l’oubli de la montre. Etonnement et à regrets, je ne me perds pas ici. Un second tour n’aurait pas déplu ! Le plantage du jour survient au lieu-dit « les Tines », ou des travaux et engins de terrassement ont enseveli le GR, ni plus ni moins.
 
 
Bon-en mal-en, le Pont des Nants apparaît et avec lui l’estomac geint de désirs inassouvis.
Avisant un merveilleux banc de teck sagement blotti à l’ombre, je me permets de demander à son propriétaire le droit momentané de m’y reposer et déjeuner.
-          Vous êtes en vacances dans cette grande maison ?
-          Non, pas vacances, la maison est à moi. Je l’ai achetée avec ma famille. C’est très beau ici la région, les montagnes, hummm ! 
Oups, j’ai fait une bourde. Il avait pourtant tout du touriste allemand, la carrure, la blondeur. Un peu plus raffiné sans doute, puisqu’il est danois et passe ici l’été en famille. Ce quadragénaire parfaitement francophone et francophile qui m’offrait son banc par courtoisie distante écarquille soudain de grands yeux intéressés à l’énumération des étapes de la balade.
-          Oooh, l’Alsace, mais c’est très loin ça, même à pieds. Où voulez-vous aller jusqu’où ?
-          La Méditerranée !...
-          Combien de jours encore pour là-bas ? Vingt, trente ?
-          J’aimerai y être autour du quinze août, soit moins d’un mois, si tout va bien.
-          J’ai un ami à Grenoble. Monsieur xxx, vous avez entendu parler ?
-           …?
-          Et ce soir vous dormir où ?
-          Au lac d’Anterne, vous connaissez ?
-          Yaah, on y était à trois jours de cela.
Il se décale, m’emmène à l’angle de la maison et montre derrière, le sommet de la montagne où culmine un pylône à haute tension qui se découpe largement sur le ciel bleu pommelé.  
-          Anterne c’est derrière cette chose là.
-          Aaaah…
Coup de barre et coup de mou dans les genoux en scrutant en direct le dénivelé de l’après-midi ! D’abord une longue marche d’approche jusqu’à la base de la montagne et ensuite mille deux cents mètres de belle grimpette en plein cagnard. Le beau temps et la chaleur revenus aideront à faire passer. Ce filiforme danois raconte la balade en famille, les difficultés des jeunes enfants, le confort sommaire et la promiscuité du refuge qui n’étaient guère du goût de sa fille aînée. Les voilà justement les enfants, en rang d’oignon devant moi, merveilleusement pâles et blonds comme tous les scandinaves. Comme leur petit bichon maltais aussi…
J’aime ces rencontres nées du hasard. Parce que c’est ici et aujourd’hui. Instants fugaces et gratuits d’échange avec des inconnus qu’en d’autres liens on n’aurait croisés ni même aperçus.
Le sentier coupe les lacets de la route est débouche presque sous les embruns de la cascade du Rouget. Cette cascade posée en bord de route attire tous les touristes et nombreux sont ceux qui, en tongs, espadrilles ou talons hauts s’aventurent à gravir le modeste plan incliné de la vasque inférieure. Ces quelques mètres de dénivelé sans difficulté ni danger les obligent néanmoins à des contorsions ou postures de pingouins sur la banquise glissante, toutes aussi drôles les unes que les autres. Quand je vous dis que la randonnée ne s’improvise pas, les enfants ! Ils en sont quittes pour admirer la cascade qui bondit de quatre-vingt-dix mètres en deux sauts successifs et harmonieux. Les lunettes sont un peu mouillées et les permanentes multicolores rafraîchies, mais l’aventure se mérite !   
 

 
La route se termine derrière le « hameau-bar » du Lignon. Prêts pour une heure trente d’intense grimpette où chaque pas supplémentaire vous permettra d’admirer le panorama d’un peu plus haut ? Beaucoup de promeneurs à la descente croisés durant le premier quart d’heure. Signe que l’heure tourne, que les ultimes randonneurs à la journée s’acheminent vers la sortie et que les beautés du lac d’Anterne ne seront bientôt plus louées que par une poignée de chanceux irréductibles. Piste carrossable, puis chemin et enfin sentier, nous voilà lancés. Un premier palier franchit à hauteur de la cascade de la Sauffaz, virage en épingle partant loin à l’assaut du Collet d’Anterne, là même où se pavane « cette chose » montrée par le sympathique danois.
Entre deux rochers posés sur le sentier tapissé de bruyères et des premières myrtilles en terrasse, un âne broute comme si de rien n’était. A côté de lui une petite fille assise se repose, silencieuse et pensive. Au bout de la longe, son père attend la fin de la pause. Ils sont vaillamment partis tous les trois pour une balade de plusieurs jours autour de la Pointe d’Anterne et du désert de Plate. Quatre jours à aller de refuges en refuges au rythme lent d’un âne. Le bonheur à priori.
-          C’est facile de marcher avec un âne ?
-          Oui, c’est très facile, il suffit de marcher à SON rythme, car c’est lui qui dirige le pas et s’arrête quand bon lui semble…
-          Aaah, cela vous permet d’admirer les paysages !
-          C’est une façon de voir les choses répond un peu pantois ce jeune père de famille mono parental comme on se plait à dire « en ville ».
Il lui en coûte quarante euros par jour pour faire plaisir à sa fille et l’emmener là où jamais ils ne pourraient aller seuls. A ce prix là, il ferait mieux d’en acheter un, « neuf ».
-          Oui et le reste de l’année je le mettrai sur le balcon à Annecy, dit-il en rigolant.
-          Oooof, ce n’est plus très loin Annecy, juste quelques jours de marche vers l’Ouest et vous y êtes !  
Pour l’heure nous sommes au Collet d’Anterne, enfin.
Depuis le rebord de la montagne, Sixt et la vallée demeurent insignifiants. Devant nous s’étale un large plateau de moyenne altitude parsemé de tourbières et de vertes pelouses. Une petite demi heure encore avant d’atteindre les refuges d’Anterne.    
L’endroit fait immédiatement penser à un village de chercheurs d’or perdus en plein bush australien. Trois ou quatre baraquements pas même alignés, tout de bois couverts et posés sans ordre apparent. Un invisible tuyau d’eau sortant de terre alimente une petite roue à aube d’enfant qui rencontre quelques difficultés à terminer chacun de ses tours. Du linge étendu et des murets de pierres sèches dont on ne sait s’il s’agit de ruines dévastées. Il ne manque que l’immense éolienne en bois plein juchée sur un trépied invisible et un peu de terre ocre pour s’y croire…  
17h20 et 18°C officiels malgré un vent porteur de belles petites bourrasques réfrigérantes.
Le ciel se couvre mais il est encore tôt. Continuons jusqu’au lac d’Anterne et la journée sera à merveille remplie. Comme ça, au jugé, on pourrait se laisser aller à supposer que le lac n’est plus très loin, seulement caché derrière cette dernière « protubérance monticulaire » qu’un bon coup de mollets permettra d’emporter sans trop d’efforts. Comme ça, au jugé…
 
 
Sauf que la petite colline en schiste à la pente déjà bien raide, en cache une autre et une autre encore. Les lacets s’enchaînent bien vite au début, plus mollement ensuite et lorsque le champ de vision propose encore quelque chose derrière l’ultime crête supposée, les mollets semblent avancer à reculons et ne plus rien porter ! De nouvelles séries de mamelons peu arrogants, une bute, un virage et le voilà au fond de son écrin, telle une perle grisonnante. Comptez une bonne heure pour arriver au lac et le contourner jusqu’à la rive opposée. Quelques tentes, des marmottes aussi, une vaste étendue plane qui mieux qu’ailleurs invite à goûter ici un repos juste. La tentation est forte, le doute s’insinue un instant. Mais un œil sur la boussole dissuade de bivouaquer dans ces beautés alpines. La ligne de crête dominée par la Tête de Moëde (2459 m) et qui surplombe le lac est orientée à l’Est. Ainsi, en dormant au bord du lac, la nuit serait sans doute fraîche, le réveil assurément, car le soleil du petit matin tarderait à gravir la crête pour ne s’abattre sur la tente qu’en début de matinée seulement…
Sans doute un peu plus haut trouverons nous matière à total enthousiasme nocturne ? Le sentier grimpe vite à l’assaut d’un mamelon, le contourne et abouti sur un autre plateau d’où tout panorama sur le lac a définitivement disparu. Un lointain pluviomètre témoigne d’un peu de présence humaine. La pointe d’Anterne barre l’horizon droit de ses 2733 mètres dont une impressionnante falaise à la verticalité colossale forme angle d’une porte destinée aux seuls Dieux. Un dernier faux plat schisteux sans envergure, la prise au vent devient sérieuse, le col est atteint. 2257 mètres de panorama bouché en direction du Sud. Le brouillard monte du fond du vallon et une épaisse couche de crasse barre l’horizon à même hauteur que le col d’Anterne. Un peu de déception m’envahit à mesure que le froid gagne. Au risque de me répéter ou de paraître nombriliste, je qualifierai encore cette journée de marche de très bonne, tant par la distance parcourue et le dénivelé englouti que du point de vue de la météo, satisfaisante à plus d’un titre.
Le Mont Blanc, les sommets, aiguilles et pics lui faisant cour doivent pourtant être là, derrière cette crasse, quelque part dans le brouillard, les nuages et la tristesse.
Demain peut-être, demain sans doute.

Date de création : 13/02/2008 @ 06:03
Dernière modification : 22/07/2008 @ 11:03
Catégorie : ALPES - GR5
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