Texte à méditer :  L’homme apaisé, sans haine ni peur, mérité d’être appelé sage.    BOUDDHA
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ALPES - GR5 - JOUR 37
37e jour – 27 juillet 2005 (+10 de Thonon) 
 
Une dizaine de minutes après avoir quitté ce moelleux replat, voici qu’apparaît la première cabane dite chalet de derrière la Rèbe recroquevillée dans l’ombre par seulement dix modestes degrés. Le terrain se métamorphose en une longue série de terrasses et replats verdoyants entrecoupés de larges dalles de pierres, résurgence improbable d’une coulée magmatique rapidement refroidie. Des ruisselets inondent l’endroit et l’on doit patauger sur les pierres au hasard de l’équilibre mouvant. Au-delà d’une dernière butte, une vaste prairie s’offre à la contemplation et s’évase jusqu’aux lointains contreforts du glacier de la Grande Motte. D’invisibles marigots et autres tourbières spongieuses marquent ici l’entrée dans le Parc national de la Vanoise, crée en 1963 et couvrant une superficie de cinquante trois mille hectares. Le point culminant du parc, se cache derrière le glacier de la grande Motte, en incarnant le sommet de la Grande Casse qui toise l’horizon du haut de ses 3852 mètres d’altitude.
 
 
Le chalet de la Plagne et les ruines annexes sont un bon lieu de bivouac, car une fontaine tranquille rassasiera les plus assoiffés. Les premières marmottes se réveillent, apparaissant çà et là, peu effrayées, peu pressées de fuir ou ne fuyant pas. Grasses et charnues, elles ondulent leur fourrure lustrée sans plus d’appréhension. C’est le petit matin vous comprenez, pas d’excitation superfétatoire !
L’ascension tout en douceur reprend ses droits en grimpant sur le flanc gauche du Plan de la Grassaz, en un sentier à vaches régulier. A mesure que l’on gagne de l’altitude, le spectacle se fait jour, l’horizon s’accroît, le panorama embellit. 
Un virage, un replat et voici que le paisible lac de la Plagne se dégage totalement au fond de son écrin de verdure. De faible superficie, il permet cependant de révéler par effet de miroir l’extrême beauté des arêtes sommitales des pics qui l’encadrent et ceux-ci semblent presque effleurer la surface des eaux avec une infinie légèreté et retenue. Une caresse des sommets, comme un baiser pudique, un souffle fugace.
Un prochain vallon, supérieur, nécessite de s’arrêter. Non pas que la montée soit à ce point douloureuse ou que le souffle vienne déjà à manquer. Le sentier longiligne et quasi plat sépare ici deux longues buttes jumelles. Sur la droite, de nombreux trous coiffés d’un monticule de terre meuble et fine identique à du terreau raffiné marque l’emplacement de terriers des marmottes. Posez un instant votre sac et observez à loisir avec moi cette fidèle représentante de la montagne.
Comme toujours celle responsable de la surveillance est plantée devant son terrier et s’étire de tout son long. Ses pattes avant pendouillent un peu ou grattent sa toison. La tête elle opère un inlassable mouvement gyroscopique visant à identifier tout mouvement suspect, le plus anodin soit-il. Elle semble humer l’air, analyser les particules olfactives où se mêlent le parfum des champs en fleurs, la brise fraîche réchauffée de soleil, l’odeur des bouses sèches. Une à une elles sortent de leur terrier, font quelques pas, jettent un œil au ciel comme si la météo les préoccupait. Puis bien vite elles grignotent de jeunes poussent ou se dorent au soleil.
 

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Pour les plus petites, juvéniles de l’année, l’heure est à la découverte, aux jeux, au plaisir de s’ébattre et de se taquiner aussi. Deux toutes petites marmottes se font face et se caressent mutuellement le bout du museau puis, la plus facétieuse congratule l’autre d’une tape plus appuyée. Réaction immédiate à la mode marmottes du « c’est toi le chat ». Les voilà qui se poursuivent en des zigzags malhabiles et amusés. Si je t’attrape je te mords ! Elles se font face à nouveau, s’agrippent et roulent dans la pente en une boule de poils unie et chamailleuse. Paisible petite colonie d’une dizaine de membres dont la simple observation discrète apaise de bien des tourments.     
Les sonnailles des vaches agrémentent le reste de la montée vers le refuge du col du Palet. Juste avant, le petit lac de Grattaleu semblable à une marre sans canards propose une pelouse d’apparence douce et agréable pour la nuit. Au refuge, une marmotte assez familière vient presque manger dans la main de l’une des gardiennes. Ce n’est pas aussi spectaculaire qu’au lac du Lauvitel (massif de l’Oisans) où les marmottes grignotent allégrement bananes ou poires à même votre main, mais cela produit son petit effet sur les randonneurs de passage. Deux d’entre eux comparent leurs itinéraires respectifs. L’un parcourt le GR5 jusqu’à Modane en passant par Pralognan tandis que le second en couple, sinue un peu dans les environs. Je remplis ma bouteille d’eau et m’en vais sans souffler mot de mes trente-sept jours de marche. Le col du Palet n’est qu’à quelques pas et de l’autre côté de ces 2652 mètres, nous basculons dans un autre univers, dans une autre dimension. Je suis là sidéré de constater à quel point une simple et insignifiante crête peut délimiter le paradis de l’enfer, séparer le bien du mal, paysage naturel en sursis.
 

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Plus de vallons herbeux, de ruisseaux, de cascade ou de vaches. Le Parc de la Vanoise s’est retiré pour laisser place aux impressionnantes remontées mécaniques qui balafrent les vallons alentours.
D’immenses pylônes barrent le décor, avilissent la nature, détériorent le paysage. Ici on assemble une nouvelle ligne, là-bas on entretient d’anciennes remontées. Un avion de tourisme décrit de larges cercles dans cette cuvette de haute montagne fortement industrialisée comme s’il eut été la réincarnation métallique d’un charognard attendant avec appétence le trépas d’un animal à l’agonie. Descente dans les pistes de ski défoncées jusqu’à un replat laissant clairement entrevoir l’étendue de la catastrophe architecturale, écologique et visuelle en cours.
De part et d’autre du lac de Tignes s’étalent les constructions immondes de deux villages vacances constitués d’immenses tours HLM pour riches. Parkings au kilomètre, cours de tennis, golf, parcours équestre truffent l’espace resté libre entre les grands immeubles locatifs au pied du télécabine de la Grande Motte. Des ados bcbg jusqu’au fond des dents carnassières rentrent surf sous le bras de quelques virées glacières. A deux mille mètres d’altitude, tout ici est colonisé au seul profit du profit lui-même, par des barres de béton recouvertes de boiseries afin de rester artificiellement dans le style faussement local. C’est grand, vaste et moche. Malgré tout je suis bien obligé d’y descendre puisque le GR oblige à y passer.  
 
 
L’accueil dans la station est majoritairement détestable. A l’office du tourisme on me répond que le Poste se trouve… rue de la Poste ; et la fille en tailleur bleu nuit m’indique ça d’un doigt vague, l’air de dire : « c’est par là, démerde-toi ». Lorsque je demande si par hasard, il serait possible de recharger une petite batterie d’appareil photo, elle répond d’un extraordinaire sourire commercial dénué de sentiment : « non, bien sûr que non ! ». Au bureau de poste, le guichetier tranquille et débonnaire tamponne mon carnet de voyage sans rechigner. Lent, calme, appliqué et peu bavard, il sait au moins situer Wissembourg, puisqu’il ajoute : « 67, Bas Rhin, frontière allemande », comme s’il était au tableau noir interrogé par un invisible professeur des siècles passés. Le temps de consulter internet, changement de service. La jeune qui l’a remplacé, gourdasse trentenaire au physique plus que banal, arque boutée sur le code administratif plus encore qu’une hideuse harpie le petit doigt sur la couture du pantalon me refuse un peu d’électricité. Le courant ne passe pas entre nous, c’est l’évidence.
-          Ah non, ça je n’ai pas le droit, je n’ai pas le droit.
J’enrage car juste à côté des sièges d’attente, trônent deux magnifiques prises électriques qui lorgnent ma batterie d’un œil tentateur. Comme disait Brassens : « Quand on est con, on est con… »
Direction le Pas de la Tovière qui distille un aspect reposant de nature retrouvée avec de nouveaux alpages, quelques belles ruines massives et peu de touristes. Vue parcellaire sur le lac du Chevril (barrage de Tignes).
En descendant sur Val d’Isère maintenant visible, j’interroge deux sympathiques randonneuses venant de la station.
-          Excusez-moi mesdames, le col de l’Iseran c’est par où exactement ?
J’envisage de m’en approcher au maximum avant la nuit et de ce belvédère, il sera loisible d’apprécier le dénivelé restant à couvrir. Elles me rassurent en indiquant la sortie du village, puis au fond. La plus âgée, bcbg jusqu’au bout des ongles, sans doute anglaise ou américaine, dirige un hôtel à Val d’Isère et s’inquiète de l’endroit où je vais dormir ce soir. N’ayant guère les moyens de m’offrir une chambre d’hôtel, qui plus est à Val d’Isère, je ne pose pas même la question mais je doute qu’elle m’aurait gracieusement invité dans son établissement. Dommage en un sens.
-          Oh, sous ma tente comme tous les soirs ou presque, sur les pentes du col.
-          C’est beau ce que vous faites, vous avez beaucoup de chance de pouvoir ainsi marcher. Mais vous n’avez pas peur tout seul ? Vous n’avez pas peur du loup ?
-          Il y a des loups par ici ???
-          Oui bien sûr, vous n’êtes pas au courant ? Il a été aperçu la semaine dernière au dessus de Bessans.
-          De toute façon tout le monde sait que le loup a peur de l’homme. Tant que le loup le sait, tout va bien ! Et ce bâtiment là-haut, c’est l’altiport de Val d’Isère ? Les gens descendent ensuite à la station en moto neige l’hiver ???
-          Non, il n’y a pas vraiment d’altiport. Les résidents qui le souhaitent se font directement déposer en hélicoptère.
-          Aaah !
Mais où avais-je la tête ! En hélicoptère bien sûr, quoi de plus naturel !!!
 
 
La plus âgée aimerait faire aussi la traversée des Pyrénées que j’évoque à l’instant. Accompagnée de l’autre, mais dans de bonnes conditions, en ayant un lit et une douche le soir à chaque étape et un sac pas trop lourd. Je leur souhaite bien du courage pour cela, pour les Pyrénées et pour trouver confortable hébergement régulier surtout !!!
La Poste de Val d’Isère ferme à 15h30 et il est 16h08. Comme à Bellentre : « Caramba, encore raté ! »
Pour la batterie je vais puiser courage et réconfort dans la maison du Seigneur. Je me doute qu’il y a bien là-bas une petite prise qui traîne. Bingo.
De l’église à la sortie du village, le balisage serpente dans les ruelles aux demeures magnifiquement ouvragées de pierres apparentes et de bois massif surmontés de larges toitures en lauzes. Des balcons et des soupentes qu’on a voulues rustiques ont de quoi réconcilier avec la concentration urbaine. Montagnes de fleurs, brassées de blé, outils anciens décorent avec goût et opulence raffinée le centre village.
Passage dans les derniers lotissements d’aspect plus commun et nous attaquons tout schuss la piste de ski dont le dénivelé donne rapidement à gagner de l’altitude.
 
 
Dans la combe du Laisinant, le sentier en épingle n’en finit pas de grimper, entre les canons à neige oisifs, officiants en une haie d’honneur improvisée. Dans le creux de la vallée, Val d’Isère se couvre peu à peu d’ombre, le jour finissant. Je marche maintenant sans but ni destination précise, juste pour sortir du bourg et des touristes surfaits qu’il draine. Avancer un peu pour demain, car il est toujours désagréable de devoir attaquer un col de tout en bas dès le matin. C’est toujours trop long pour moi. Alors que dormir à mi parcours, réduit d’autant la grimpette et rend l’ascension virtuellement plus acceptable. Au sortir de la forêt, de belles croupes herbeuses à belle déclivité encadrent la route. Le sommet n’est plus qu’à sept kilomètres pour les voitures. Nous sommes à la hauteur du chalet du Molard (2325 m). La mi-parcours est atteinte, reste plus désormais qu’à trouver de l’eau et un terrain plat et ce sera parfait. Le col de l’Iseran patientera bien jusqu’à demain.
Grimpette dans les pistes de ski à travers le vallon ras de l’Iseran allant en s’élargissant. Une première pyramide de pierre monumentale, puis une seconde au loin, plus grande encore, dont une cavité pas plus vaste qu’un réduit pourrait au plus servir de couchage et d’abri à une personne seule, indiquent la direction à suivre immanquablement. La pente herbeuse décline en intensité et la gare d’arrivée du téléski du Glacier bien visible maintenant tient lieu de phare, de balise vers laquelle il est nécessaire de marcher encore afin de trouver un abri exempt de vent rageur. Devant moi fuient nonchalamment plus d’une dizaine de marmottes éparses, qui sans doute au bénéfice de l’heure avancée, se supposaient libres de divaguer sans la contrainte de touristes ou randonneurs. Nous franchissons une fois de plus la route du col. Les rares voitures ne sont plus qu’à quelques mètres, toutes proches, le col doit l’être tout autant. Effectivement, dans les derniers lacets, un cycliste parvenu bientôt au terme de ses efforts me crie comme pour mieux m’encourager :
-          Aller, on va l’avoir !
Ce à quoi je réponds, pris de cours entre deux halètements inaudibles :
-          J’espère, j’espère.
 

 
Une poignée de minis lacets, les dernières pentes en schiste et voilà l’ancienne chapelle qui fait dorénavant office d’abri. Je m’y précipite et une fois la modeste porte franchie, je décrète joyeusement cette longue journée de marche terminée. Il est 19h48, plus que temps de se poser pour la nuit. L’abri d’une dizaine de mètres carrés est bien sommaire, avec des pierres le long des murs, de la poussière par terre, et des reliquats décomposés de déjections et de papier toilette à l’odeur encore persistante. Certes rien de comparable avec une voluptueuse chambre d’hôtel de Val d’Isère, mais je serai ici merveilleusement protégé du vent qui devrait éructer violemment cette nuit. N’est-ce pas le principal ? Et même si l’odeur prend un peu à la gorge, nous voilà pour le moins arrivés au col de l’Iseran qui du haut de ses 2764 mètres est le point culminant de cette grandiose traversée des Alpes.  
Dehors les sommets qui se découpent sur presque tout l’horizon se parent d’innombrables teintes rosâtres, annonciatrices de beau temps. Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Ce matin sur la belle pelouse douillette et au soir, au col de l’Iseran dans une cabane pleine de poussière. Mais l’important est d’avancer, de progresser, de marcher encore.
Demain Bessans, puis Modane et bientôt Briançon.
Demain, bientôt…

Date de création : 13/02/2008 @ 13:55
Dernière modification : 22/07/2008 @ 11:04
Catégorie : ALPES - GR5
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