Texte à méditer :  La haine tue toujours, l'amour ne meurt jamais.   GANDHI
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PYRENEES - GR10 - JOUR 21
Jour 21 – Dimanche 1er août 2004
 
Le mois de juillet est mort, vive le mois d’août !
Départ assez précipité de ce petit vallon de « Hounts Secs » car l’endroit sauvage au demeurant, splendide surtout, recèle l’un des plus grands prédateurs que la Terre ait jamais porté : « mosquito vicioso » y saligaud !
Malgré la pénurie d’eau caractéristique du lieu, les moustiques infestent l’air. Ceux d’hier soir reviennent à l’attaque, avec de prompts renforts, ils sont cinq mille en arrivant sur mon corps !!!
Ecoeurante sensation que de se sentir toujours la victime impuissante d’un fléau invisible, enivrant et entêtant de part sa nature indestructible d’escarmouches épidermiques. Dans le Sahara, le vent, les conditions atmosphériques et son poids négligeable permettent au moustique un rayon d’action d’environ quatre cents kilomètres au départ de la flaque d’eau qui l’a vue éclore. Rien d’étonnant à ce qu’ici ils s’en donnent à cœur joie.
L’ascension jusqu’au col de la Coume de Bourg s’effectue sur un sentier large, toujours visible dans le vert environnant et sans aucune possibilité de se perdre en manquant le balisage. Il est ici le meilleur de toutes les Pyrénées, puisque fréquent sur les pierres et démesurément impressionnant de grandeur, de fraîcheur et de qualité. Rien à voir avec la sortie du village de Sare en pays basque. Ici la bande blanche et rouge pourraient par endroit recouvrir la trace de mes pas tant les dimensions sont généreuses et facilitent une visualisation de l’itinéraire avec sérénité. Vibrantes félicitations respectueuses aux bénévoles affectés au secteur, qui ont compris qu’un balisage timide ou pudique rendait la progression empirique, alors qu’un marquage généreux voyait des randonneurs heureux ! Et ici on a tout lieu de l’être, avec des marques de plus de vingt centimètres de long qui forment un magnifique pointillé dans le vallon. Par temps de brouillard que l’on sait fréquent en Pyrénées (!!!), le balisage rassure le randonneur et certifie l’exactitude de sa position. De larges marques réconfortent d’autant mieux.
Avant le dernier col d’altitude ou d’importance au dessus de Bagnères de Luchon, deux vallons sont à traverser, sur le sentier en forme de « W » dont le caractère ascensionnel à échappé au graphiteux du topo guide. Toujours à l’ombre, je franchis les vallons et les combes qui les séparent avec beaucoup de retenue et de lenteur, car moins de dix minutes après le départ, me voilà exténué déjà.
Alors que le sentier file sur le flanc droit de la montagne, à gauche, la vue se dérobe progressivement, offrant des panoramas prodigieux et croissants sur la vallée immédiate et celles environnantes. Une ou deux cabanes semblent jetées au grés des pâturages figurant de minces parcelles proprettes loin, très loin en contrebas. Les derniers lacets avant le col permettent de distinguer en fond de vallée, un mince cordon gris s’arrêtant auprès d’une poignée de points noirs disséminés. L’orientation ne souffre aucune place au doute. Mille cent mètres plus bas, les granges d’Astau somnolent encore dans la fraîcheur de l’ombre. Au dessus d’elles, les cols et vallons d’Esquierry traversés hier à peine, témoignent de l’impressionnant dénivelé parcouru, avalé et pas encore digéré tout à fait. Entre le pouce et l’index, je matérialise et emprisonne ce kilomètre de verticalité d’un gigantisme ténu, un petit rien que l’on sent pourtant passer. Instant de flottement, me voilà sur le versant opposé, à six kilomètres de distance et sensiblement à la même hauteur encore. Que d’efforts, de souffrances musculaires et de sueurs versées pour une progression à vol d’oiseau aussi peu significative. Pour le coup, on dirait que je n’ai vraiment, mais alors vraiment pas avancé !

Le col de la Coume de Bourg (2272 m) est une croupe herbeuse à cheval entre deux vallons assez pentus. Dernier regard au vallon d’Esquierry et descente sur une centaine de mètres à la recherche d’eau, car je n’ai rien ingurgité encore depuis la veille et mes glandes salivaires commencent gentiment à se sentir aussi à l’aise qu’un jambon dans un fumoir !
A raz de terre, un vieux tuyau métallique écrasé et surtout protégé par ce qui se veut être un cairn, déverse par flots inconstants, timides et parcimonieux une eau fraîche dans le creux d’un trou de terre boueux, piétiné à l’envie par de lointains chevaux en liberté. J’y remplis ma gourde souple de trois litres et ajoute également la bouteille de cinquante centilitres, dans le filet du sac, en guise de roue de secours, de parachute anti-soif. Car comme me le martèle si souvent ma gorge asséchée tout autant que désespérée : « Y’en a marre de pas avoir d’eau le soir en arrivant »…
Ce merveilleux pissou au doux glouglou
Vaut toutes richesses de Tombouctou
Ou suaves splendeurs de Moscou
Car son gazouillis procure un bien fou 
 
Mieux qu’une maman ou une nounou
De son large sein chaud, juste pour nous
Déverse un flot gracile où à genoux
D’extase et de joie, je bois tout mon sou
 
Sous ton joli froufrou tel un minou
Je me pâme d’aises et saute à ton cou
Nul autre que toi donne de frais bisous
Profusion de vivat et youyou !

 

 
 
Fort de ce trésor de guerre inestimable pour moi, je descends heureux et serein les pentes douces en direction de Superbagnères, où le sentier reste large mais le ravin pentu et plus abrupt maintenant. Bon nombre de randonneurs croisés partent à l’assaut du col ainsi qu’une poignée de vététistes qui m’apparaissent bien courageux, tant la montée est parfois raide et le ravin profond. A leur place, j’aurai peur de basculer dans le décor car de rambarde, il n’y a pas. 
A l’horizon, de nouveaux sommets, pics et chaînes de montagnes en enfilade avec toujours ce même dégradé de bleu fraîchement sorti d’un tableau impressionniste dont les éclats éparses et nombreux sont autant d’invite au rêve et à l’admiration angélique des merveilles que la nature offre à qui sait les observer et s’en contenter.
Le randonneur exténué verra aussi en ces dégradés de bleu, autant de nouvelles vallées à franchir avec de hauts cols à gravir, et l’impossibilité de chiffrer le dénivelé tant le compteur s’affole, blasé qu’il est de toujours monter !
La vue se dégage, s’aplanit et la petite station de Superbagnères (1804 m) surgit dans son écrin de verdure tailladé à grands coups de bulldozer, laissant à travers les alpages des sillons de gravier et de béton qui jamais ne cicatriseront. La nature est décidemment bien trop docile pour supporter le sadisme répété d’un homme qui ne se montre pas toujours suffisamment reconnaissant des prodigalités offertes sans rien attendre en retour.  
Que dire de la station de Superbagnères ? Rien ou pas grand-chose d’intéressant. Un vieil hôtel, quelques immeubles bétonnés d’une dizaine d’étages, de rares commerces saisonniers et des vaches en liberté que ce spectacle de station quasi fantôme laisse perplexes, tout comme moi
qui ne m’attarde guère.
Les nuages arrivent doucement et prennent part à une assemblée au destin sans doute houleux. Il est plus que temps de descendre doucement vers la vallée, toujours sur le GR10, en sous-bois majoritairement touffu et tranquille. Passage sous les arches vétustes d’un ancien viaduc abandonné et noyé dans la végétation ombellifère.
A l’approche de la ville tapie au fond de la vallée de Luchon, le sentier décline moins violemment, se fait plus lascif, serpente large sur les pentes envahies de feuilles en de moins acérés virages, offrant une succession importante de lacets plutôt mous. Belle promenade dans le bois de Sahage, en cette kyrielle infinie de zigzags dignes d’un chemin processionnaire sans fin et la futaie se fendille, les premiers toits gris apparaissent, bienvenue à Bagnères de Luchon, en deux heures depuis la station sommitale.
Bagnères, ici Bagnères !
Je touche enfin du doigt la mi-parcours, plus qu’une ville, un point sur la carte ou un symbole, une victoire, une délivrance momentanée, satisfaction incomparable d’avoir eu la chance de parvenir jusqu’ici sans encombres ni blessures. Quelques jours à peine après Hendaye, j’en étais encore à additionner modestement les kilomètres parcourus sur le grand boulier pédestre la randonnée. Ici, maintenant, dorénavant, chaque kilomètre parcouru et au-delà, chaque journée de marche additionnelle sera une de moins en direction de Banyuls. Comme si je venais enfin d’atteindre le sommet d’un triangle, unique point de passage entre les mers et que maintenant restait plus que la descente pour rallier la Méditerranée sans trop plus de difficultés !
Bagnères et la mi-parcours en vingt et un jours
Arrivé en ce début de dimanche après-midi (14h25), je vais souffler près de deux longues heures sur un banc de la place Maréchal Joffre avant de trouver à me loger pour la nuit. Située juste à côté de l’église, la petite place triangulaire présente sur un parterre de fleurs la statue du souvenir aux morts des deux guerres. Le soldat ici se tient fièrement bras croisés et menton haut, face à un destin qu’il ignore et semble même provoquer tandis qu’une femme devant le piédestal lui envoie des brassées de baisers qu’il ignore. Le belliqueux guerrier ferait bien mieux de descendre de son socle et de prendre dans ses bras la tendre femme qui l’aime. Mais l’homme est ainsi fait qu’il apprécie plus volontiers les combats et la barbarie que le sein d’une femme.
30°C. Le temps se gâte, un vent tourbillonnant se lève qui pourrait tout aussi bien entraîner dans son sillage incontrôlé des ballots de paille et d’herbes folles comme dans une ville fantôme de western spaghetti. L’orage menace, ce n’est plus qu’une question de minutes et je ne sais toujours pas où passer la nuit. Echaudé par celle passée au hasard d’un jardin à Cauterets, je me mets promptement en quête d’un abri plus sûr et sécurisant.  
Je prends mon sac et cherche sans trop savoir où aller, en remontant l’allée d’Etigny qui fait ici figure de Champs-élysées du Luchon, avec sa double rangée de tilleuls s’étirant sur près de cinq cent mètres jusqu’aux établissements thermaux. Pour plus de praticité, j’ai replié mes bâtons et les ai placés de part et d’autre de mon sac, pointe vers le ciel, pour ne pas être gêné, ni même heurter ou blesser les passants nombreux. Un touriste en sandales les désigne et m’interpelle : 
-          Y sont télescopiques vos bâtons ?
 J’acquiesce d’un hochement de tête et poursuis mon chemin en quête désespérée d’asile, consterné par une telle question. Je suis trop pressé et trop épuisé aussi pour répondre :
-          Ben non mon gars, « y sont » tout petits parce que c’est des bâtons pour nain…
Les touristes des fois, je vous jure !
Un hôtel fermé dans un ruelle, un hôtel trop cher. Direction l’office du tourisme où je demande naïvement qu’on me présente la liste des gîtes d’étape de la ville ! Il n’y en a aucun évidemment dans cette cité thermale et l’on me mentionne des noms à cinq, sept ou dix kilomètres de là. Je reviens sur mes pas, devant l’église et le monument aux morts et vais tenter ma chance à l’hôtel qui fait l’angle, l’hôtel Panoramic.
-          Oui, il nous reste des chambres ce soir. La 45 par exemple. Vous pourriez me présenter une pièce d’identité s’il vous plait, monsieur ?
 L’affirmative réponse du patron, un belge à l’accent délicatement perceptible, aux yeux sympathiques cerclés de verres à monture minimaliste sous un crâne chauve me transporte d’aise alors que je m’attendais plus prosaïquement à une réponse contraire. Le petit hall anobli en un cadre doré, par la présence royale du couple régnant se fait instantanément plus chaleureux ! Le sourire apaisant de la belle Paola vaut mieux que l’œil noir et inquisiteur du dictateur en chef, placardé partout dans bien de pays musulmans et dits « démocratiques ».
Chaleur du lieu, de même que la douche de cette chambre 45 sous laquelle je demeure prostré de bonheur un bon quart d’heure. De l’eau, de l’eau chaude qui jaillit partout, sur tout mon corps, le lave, le purifie et réchauffe, le masse, caresse et soulage des désagréments multiples du voyage. La petite lessive abrégée qui suit (bermuda, tee-shirts, chaussettes et slip) permet d’expurger la crasse endémique de mes vêtements fatigués, mais hydrate et baigne aussi mes mains qui n’ont été à pareille fête depuis longtemps et sur lesquelles les affres de la randonnée et les duretés d’une vie simple en plein air se lisent comme au creux d’une ride sinueuse.
Allongé sur le lit double de cette chambre qui apparaît démesurément grande à moi qui n’ai pour tout espace vital habituel que les 2,5 m2 de la tente, je savoure le retour à la vie civile, pour un temps propre comme un sou neuf ! Qu’y a-t-il donc à la télé, quelles sont les actualités ?
Un tee-shirt noir anti-bactérien et un bermuda passablement froissé constituent la tenue de trente et un avec laquelle je sors, pour aller m’offrir une pizza à emporter à l’autre bout de la ville, le long de l’allée d’Etigny, colonne vertébrale de Bagnères de Luchon.  
Mon bonheur se trouve dans une pizzeria de spécialités basques. Dix minutes pour préparer et cuire une pizza à sept euros.
Activité on ne peut plus rentable que celle-là !
L’un des serveurs a de faux airs de Nilda Fernandez. Mince comme un fil, visage émacié de type méditerranéen avec une chevelure passée par le henné vieillot des opulentes duègnes maghrébines. Une chemise ample un peu kitch, ouverte sur une poitrine osseuse et son velouté de moquette dense. L’homme marche en de petites enjambées courtes et rapides qui lui donnent l’impression de toujours être en mouvement, grâce au tambour de ses talons hauts. Son poignet oscille en d’innombrables mouvements rotatifs tel un périscope devenu fou.
Il apporte plats et pizzas avec autant de respect et de solennité que s’il se fut agit des bijoux de la couronne, ou d’un cœur d’enfant à transplanter.
De vilains éclairs parcourent le ciel électrique à l’impressionnante palette de gris denses et compacts. La chaleur devient étouffante, éprouvante, l’air irrespirable de lourdeurs. Avec ma pizza quatre fromages à bout de bras, je grignote et reviens doucement en direction de l’hôtel, tout en passant en revue et en papillonnant devant les vitrines des magasins de babioles quand l’orage n’en pouvant plus de désir et de colère mêlée se déchaîne au cœur de la ville en d’insensées trombes d’eau. En un rien de temps les rues se vident sous les hallebardes acérées et les pavés gorgés de chaleur se mettent par contraste à fumer, au moment où ils sont noyés sous la fraîcheur des éléments indomptables. Les égouts impuissants à éponger le flux continu déclarent forfait et les trottoirs sont lentement submergés par une couche de feuilles et de papiers fous charriés par les flots. Les auvents et autres devantures de boutiques sont prises d’assaut par de rares piétons piégés par le déchaînement de cette mousson de poche. A cet instant je me félicite d’être ce soir à l’hôtel et pas sous ma tente à l’imperméabilité douteuse, alors qu’il me faut plus d’une demi heure pour y retourner, en de nombreuses étapes sous des porches et autres abris improvisés. Le carton de la pizza me sert bientôt de modeste protection, mais sous cette inondation du ciel, il se disloque piteusement, explosant en lambeaux flasques sous l’eau qui l’imprègne et le ronge.
Je pousse la porte de ma chambre, trempé jusqu’aux os et les chaussures humides comme si elles avaient marché la journée durant parmi les fougères gorgées de rosée. A la télé, les présentatrices annoncent, toutes chaînes confondues, deux à trois jours de mauvais temps sur la région. Une petite accalmie serait la bienvenue demain cependant car je compte, une fois mes impondérables obligations commerciales assouvies, aller au moins jusqu’à la cabane de Saussères située sur les hauteurs de Bagnères, à 4h30 tout de même. Juste un tout petit peu de soleil d’accord ? Ou alors un temps couvert mais sans pluie ? Hein, juste couvert ? Car « tant qu’il ne pleut pas, c’est qu’il fait beau ! »
Je passe une partie de la nuit à me gaver des programmes télé, douillettement allongé sous la couette chaude. Des gouttes ruissellent sur les vitres de la chambre tandis que le clocher mitoyen égraine les heures de cette nuit d’orage.
 
Seulement 5h30 de marche effective

Date de création : 09/03/2008 @ 05:38
Dernière modification : 09/03/2008 @ 06:26
Catégorie : PYRENEES - GR10
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Réaction n°1 

par maxxub le 22/04/2008 @ 23:27

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